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Les pingouins veulent changer la constitution

Comme on s´y attendait. le bon moment économique du Chili et le sentiment que la transition démocratique est arrivée à sa fin ont réveillé les demandes de nombreux secteurs organisés. Mais ce que personne n´avait prévu, c´est que la mobilisation citoyenne prendrait son origine dans la frustration de collégiens et lycéens, âgés de 12 à 17 ans, tous nés après la fin de la dictature.
Au chili, les élèves du primaire et du secondaire ont un uniforme bleu marine et blanc, qui les fait assimiler par dérision à des pingouins. Leurs leaders se sont apuyés sur cette image pour provoquer la sympathie de l´opinion publique. Depuis plus d´un mois, avant même que Michèle Bachellet n´ait prononcé son premier discours de politique générale, ils exigent la refondation totale du système scolaire du pays. Et après des débuts chaotiques, l´organisation des jeunes chiliens a provoqué l´admiration des adultes.

La journée scolaire complète
Personne ne conteste que les gouvernements de la concertation aient investi beaucoup dans l´éducation. "En quatre ans, nous avons construit 2200 collèges, plus d´un par jour" indique l´ancien ministre de l´éducation Sergio Bitar, qui rappelle que le temps scolaire est passé de la demijournée à la journée complète. " celà a un effet de redistribution important, ajoute t´il, "les enfants de familles pauvres, auparavant revenaient à une heure de l´après midi de l´école, sans la présence des parents, et se retrouvaient à la rue. Aujourd´hui, ils sont protégés de la délinquance et de la drogue, et ils mangent à l´école grâce à une aide ..."
Mais le problème de la journée scolaire complète est Comment on utilise ce temps supplémentaire ? Les professeurs ne sont pas formés et répètent l´après midi les cours du matin. Le ministère de l´éducation a négocié avec les professeurs une évaluation de leur capacité. Les meilleurs seraient récompensés, ceux qui auraient besoin de formation supplémentaire seraient appuyés et ceux qui rateraient trois fois de suite l´examen seraient réorientés . Il va sans dire que cette proposition n´a pas eu beaucoup de succès et moins de 50% des professeurs ont accepté d´être évalués.

La dernière loi de Pinochet
Mais si l´apport de l´Etat a été multiplié par quatre en 15 ans, il n´a pas réussi à résoudre les problèmes de l´enseignement basique. Et selon les lycéens celà tient à une raison, la Loce.
Ce nom barbare est une abrévation pour Loi Organique Constitutionnelle de l´Enseignement... C´est la dernière loi signée par Pinochet, en 1990, le jour précédent son départ. Cette loi intègre dans la constitution la primauté de la liberté d´enseigner sur le droit à l´enseignement. Autrement dit, non seulement elle privatise l´enseignement mais elle fait des écoles un commerce. Et elle accentue les inégalités sociales en matière d´éducation. Concrètement, 50% des élèves vont dans des collèges municipaux subventionnés (50 euros mensuels pour chaque élève présent en classe), 42% dans des établissements privés subventionnés (dans lesquels les parents ajoutent une participation à la subvention). Le reste sont les 8% d´élèves privilégiés qui vont dans des collèges privés sans subvention et dont les parents payent des sommes très importantes (plus de 300 euros par mois) .

Petits commerces de l´éducation
Grâce à cette loi, une personne qui hérite d´une grande maison peut la transformer en école. Des écoles se vendent par petites annonces dans le journal "Le mercurio", comme des librairies ou des épiceries. Selon le journal La Nación, 67% des collèges particuliers subventionnés correspondent à un petit commerçant. Depuis 2002 seulement, une réforme oblige les "entrepreneurs de l´éducation" à avoir un niveau d´études minimum équivalent au baccalauréat. Aujourd´hui, certains d´entre eux emploient des sociétés de gardiennage pour empêcher les élèves en grêve d´occuper leur établissement.
Un effet "entonnoir"
La subvention est la même pour chaque élève, en ville ou à la campagne, dans une municipalité riche ou pauvre. Les villes les plus riches peuvent avoir une politique éducative et aider les établissements communaux, mais dans les zones rurales de l´altiplano ou dans les banlieues de Santiago, il leur est impossible d´accompagner socialement ces écoles dans lesquelles se regroupent les plus pauvres. Par ailleurs, la subvention n´est aucunement liée à la qualité de l´enseignement : elle est versée du moment que l´élève va en cours. Là encore, les zones rurales où les enfants abandonnent rapidement l´école sont défavorisées. Ce système crée en outre un effet "entonnoir": Les collèges privés subventionnés ont la possibilité de rejeter les "poros" (les cancres) vers les municipaux. Dans l´autre sens, pour des raisons économiques, la probabilité pour les bons élèves de s´élever d´un échelon à l´autre est quasiment nulle.
Changer la constitution
Pour changer une loi constitutionnelle, les collégiens savent qu´il faut un quota de plus des deux tiers de l´assemblée (sénateurs + députés), et le système chilien est fait de telle façon qu´il empêche tout bloc d´obtenir cette majorité. Il faut donc négocier et les étudiants veulent utiliser leur position de force pour obtenir la refonte de cette loi. Selon Cesar Valenzuela, l´un des leaders, "n´importe quelle idée de politiser le mouvement par des idéologies partidistes le salit, nous devons être capables de représenter transversalement les réalités sociales, religieuses et économiques".
Avec sa discipline, sa structure horizontale, personne n´a encore pu diviser l´organisation.
Selon Francisco Whitaker, fondateur du forum social mondial, de passage au Chili :
"Ce mouvement est un modèle. Ils ont réussi à rompre la ségrégation instaurée par le système. Ils font tomber des murs psychologiques. Ce qui est très important, c´est qu´aujourd´hui toute la société parle d´éducation. Un pays qui parle d´éducation s´éduque lui-même ; ce ne sont pas des discussions sur la délinquance..."





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