Premier tour des élections 2020 : l'analyse de l'Arrière-cour, nouveau média politique à Lyon

La crise sanitaire, l’abstention et le report du deuxième tour ont pris le pas sur un premier tour des élections municipales pourtant historique, qui marquera la fin de règne pour Gérard Collomb et l’avènement très probable de celui des écologistes. 

L’analyse de Raphaël Ruffier-Fossoul, illustrée par les très inspirés Jibé et Guillaume Long.


« Gérard Collomb est abattu, il ne comprend pas », confiait un de ses proches en milieu de soirée. Le maire de Lyon a en revanche très vite compris que la soirée marquerait sans doute la fin de 20 ans de domination sur la politique locale, avec en premier signal annonciateur la défaite de son directeur de campagne, Renaud George, dans sa commune de Saint-Germain-au-Mont-d’or. Car l’homme était aussi un pion essentiel dans la bataille contre David Kimelfeld pour la conquête de l’Ouest lyonnais. Finalement, le duel annoncé entre les deux macronistes a été arbitré haut la main par un troisième homme, l’écologiste Bruno Bernard. Et la soirée a pris des allures de Bérézina pour le « baron de Lyon ».
Sur l’ensemble de la Métropole, où Gérard Collomb se présentait, ses listes n’arrivent qu’en 4e position, avec seulement 15,7 % des suffrages, loin derrière Bruno Bernard (22,6 %), dépassé aussi par le candidat LR François-Noël Buffet (17,7 %) et, comble de l’affront, par son ancien dauphin David Kimelfeld (17 %). Le résultat par circonscription est encore plus implacable, les écologistes arrivant en tête dans huit d’entre elles, la droite dans quatre, la Gauche unie et David Kimelfeld se partageant les deux dernières. 

 Le gymnaste ne décroche que le bronze 

Lorsqu’il a compris que la soirée tournait à la déroute du côté métropolitain, Gérard Collomb s’est enfermé avec son staff rapproché pour observer les résultats aux municipales lyonnaises, imaginant déjà une stratégie de repli. Sauf qu’à Lyon, son choix d’adouber Yann Cucherat a clairement été rejeté par les Lyonnais. Sur l’ensemble de la ville, le gymnaste n’arrive qu’en troisième position (14,9 %), totalement distancé par l’écologiste Grégory Doucet – à 28,5 %, la mairie de Lyon lui semble promise. Les écologistes arrivent largement en tête dans tous les arrondissements à l’exception du 6e, resté fidèle à la droite et à Pascal Blache. Selon nos informations, en sortant de sa réunion de crise, Gérard Collomb a annoncé à ses équipes qu’il allait tenter un rapprochement avec ses anciens alliés, David Kimelfeld et Georges Képénékian. C’était le sens de son intervention médiatique rapide à la sortie de l’hôtel de ville, dans laquelle il a regretté la « désunion » de la majorité sortante. Mais le téléphone a sonné dans le vide… 

Quel que soit le scénario, Gérard Collomb semble dans une impasse.

L’hypothèse compliquée d’une alliance avec la droite n’a pas été évoquée. Et pour cause, elle ne semble que promettre à Gérard Collomb d’ajouter une défaite morale à un fiasco électoral. Plus bas qu’il n’était annoncé dans les derniers sondages, Étienne Blanc (17 %) n’offre en effet pas à lui seul un réservoir de voix suffisant pour espérer l’emporter. L’alliance aurait plus de poids au niveau de la Métropole, mais elle ne permettrait pas à un Gérard Collomb affaibli par son échec à la Mairie de retrouver son bureau présidentiel, puisque ses listes arrivent derrière celles de François-Noël Buffet. En fin de journée, Gérard Collomb a donc envoyé un communiqué pour annoncer que ses listes se maintiendraient à la ville de Lyon comme à la Métropole, a priori sans alliance donc.

Les écologistes aux portes du pouvoir

Les grands gagnants de la soirée sont naturellement les écologistes. Sans la crise du coronavirus, ils seraient déjà en train de célébrer leur victoire à Lyon. En tête dans huit arrondissements sur neuf, avec des scores qui dépassent la barre des 30 % dans les 1er, 3e, 4 e, 7 e et même dans le 9 e arrondissement, fief de Gérard Collomb, ils sont aujourd’hui dans une situation très confortable : choisir avec qui ils souhaitent gouverner la ville. Et pour l’instant, ils ont le choix du roi. Grégory Doucet, qui est peut-être le prochain maire de Lyon, n’a jamais caché sa préférence pour des alliances à gauche. Mais son partenaire naturel, la Gauche unie, finit sous la barre des 10 % : les 7 % obtenus par Sandrine Runel n’apportent pas une garantie énorme. Car dans la dernière ligne droite, la combativité de Nathalie Perrin-Gilbert a joué à plein et l’actuelle maire du premier arrondissement a légèrement dépassé les 10 % sur l’ensemble de la ville. Une alliance à trois aurait le mérite d’être conforme aux discours de 1er tour, très réservés au sujet d’un rapprochement avec LREM ou avec ses représentants dissidents. Elle n’est cependant pas si évidente : quelques blessures entre ces trois alliés restent à cicatriser.

Et au niveau de la Métropole, la faiblesse des scores de Renaud Payre la rend aussi moins porteuse que son alternative, l’alliance avec David Kimelfeld. Autour de ce dernier, on est convaincu que, malgré ses déclarations publiques, le chef d’entreprise Bruno Bernard, candidat écologiste à la Métropole, n’y serait pas opposé. Une telle alliance aurait des chances importantes d’emporter la présidence de la Métropole, mais aussi peut-être la mairie de Villeurbanne, pour laquelle les écologistes ont été dépassés d’une courte tête par le candidat de la Gauche unie, Cédric Van Styvendael.

Le deuxième round reporté au 21 juin ?

Des négociations ont commencé, mais vu le climat anxiogène de la journée, personne ne semble pressé de les conclure. « On va attendre d’entendre ce que le président va dire ce soir, avant de s’y mettre sérieusement », confiait-on ainsi chez les Verts, avant même l’annonce par le premier ministre de sa proposition de reporter le 2e tour des élections municipales au 21 juin. Une alliance avec David Kimelfeld comporte cependant un écueil : qui sera choisi pour la présidence ? « DK » sera-t-il prêt à se contenter d’un rôle de numéro deux, qui semblerait logique eu égard aux scores respectifs des candidats – notamment dans le propre fief croix-roussien de l’actuel président ?  La réponse est encore floue. « On négocie circonscription par circonscription, et pour l’instant, tout le monde est gourmand, c’est normal », assure un proche de Kimelfeld, qui n’a pas oublié que l’élection à la métropole se jouera au 3e tour : lorsque tous les conseillers métropolitains auront été élus, il est possible qu’aucune majorité ne se dégage et que Kimelfeld revienne ainsi dans la course.
Dans tous les cas, le 15 mars marque probablement la fin de règne de Gérard Collomb, même s’il pourrait rester encore quelques mois à la mairie de Lyon pour assurer l’intérim. Il est encore un peu tôt pour confirmer que cette date marquera l’avènement des écologistes à Lyon. Mais cela y ressemble fort.
L'arrière-Cour


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