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Histoire : "La nuit du 4 août" et l'abolition des privilèges

Dans la mémoire collective des français, la nuit du 4 août 1789 est l'une des dates les plus symboliques de la Révolution. Ce jour là, les députés de l'Assemblée nationale constituante, dans un bel élan d'unanimité, proclamaient l'abolition des droits féodaux.

Arrivant de Bâle, Necker est rentré à Versailles le 23 juillet et réinstalle son ministère. Il reprend le Contrôle des finances. Ses amis Montmorin et Saint-Priest, écartés avec lui, reviennent aux Affaires étrangères et à la Maison du roi. Le ministère de la Guerre est donné à La Tour du Pin-Paulin, qui manque totalement d’énergie. D´après Fabienne Manière, de la revue d´histoire Hérodote, "la prise de la Bastille et la crainte d'une réaction nobiliaire ont provoqué dans les campagnes une Grande Peur". En de nombreux endroits, les paysans s'arment sur la foi de fausses rumeurs qui font état d'attaques de brigands ou de gens d'armes à la solde des «aristocrates». Le tocsin sonne aux églises des villages, propageant la panique.

Les paysans attaquent les châteaux
Chauffés à blanc, les paysans en viennent à se jeter sur les châteaux des seigneurs honnis... tout en proclamant leur fidélité à la personne du roi. Ils brûlent les archives, en particulier les «terriers» qui fixent les droits et les propriétés seigneuriales. Parfois ils maltraitent, violent et tuent les hobereaux et leur famille. Ces soulèvements inquiètent les privilégiés, au premier rang desquels les députés qui siègent à Versailles.

La bourgeoisie "ne perd point trop la tête" et organise la répression...
Dans ce cataclysme, selon la revue mondiale de psychanalyse megapsy, qui donne dans son site internet une très bonne chronique de la révolution, "la bourgeoisie ne perd point trop la tête. Le souci de ses intérêts lui prête un courage qu’autrement elle n’aurait pas. Elle crée partout des municipalités et des gardes volontaires qui s’arment dans les arsenaux, exécutent des rondes, suppléent à la faiblesse de la police. Chaque ville ainsi devient une petite république qui s’administre et veille à sa sûreté. A Lyon, la garde bourgeoise nettoie la campagne de ses hordes de paysans incendiaires et pillards..."


Ainsi, dans ces derniers jours de juillet, la nation semble se disperser "aux vents du ciel". A Versailles, le roi s’effare, Necker se désole, impuissants tous deux. L’Assemblée, occupée à discuter les articles de la Constitution, réprouve les attentats aux personnes et aux propriétés ; elle n’ose pourtant en ordonner la répression, par crainte que l’ouragan n’oblique vers elle. En fait les privilèges féodaux ont vécu. Quelques nobles « patriotes » jugent que le meilleur moyen de faire régner l’union en France serait de les abolir en droit. On ne pense qu’à céder aux masses.


Les nobles préfèrent l´apaisement
Contre les bourgeois qui en appellent à la répression, les nobles, plus au courant de la situation, préfèrent l'apaisement. «Le peuple cherche à secouer enfin un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête», s'exclame le richissime duc d'Aiguillon, «l'insurrection trouve son excuse dans les vexations dont il est la victime».
En une nuit, les nobles de l'Assemblée s'empressent d'abolir les restes de la féodalité pour «faire tomber les armes des mains des paysans» selon le mot de l'historien Albert Mathiez. Les droits féodaux et les privilèges de toutes sortes sont abolis sans indemnité d'aucune sorte, ce que regrette l'ex-abbé Sieyès. «Ils veulent être libres et ne savent pas être justes», dit-il avec amertume à propos de ses collègues députés.

Place des Terreaux à Lyon


L´abolition des privilèges
Certains archaïsmes comme la corvée obligatoire disparaissent à jamais, de même que des injustices criantes, telle que la dîme ecclésiastique, uniquement payée par les pauvres. Toutefois, certaines autres taxes, comme "les cens et les champarts", doivent être rachetées par les paysans. A cette seule réserve, les paysans deviennent propriétaires de plein droit de leurs terres. À la faveur de cette grande séance parlementaire, tous les citoyens deviennent égaux devant la loi. Les députés tireront les conséquences de leur vote en préparant une solennelle Déclaration des droits.

Une victoire de l´égalité qui met à part "l´esclavage des nègres" !
A posteriori, la nuit du 4 août n'apparaît pas seulement comme une splendide victoire de l'égalité. C'est aussi une nouvelle avancée du centralisme administratif sur les us et coutumes locaux : en-dehors de la norme reconnue à Paris, il n'y a plus de légitimité.
À noter toutefois une exception en ce qui concerne «l'abolition de l'esclavage des Nègres» dans les colonies, proposée en vain par le duc François de la Rochefoucaud-Liancourt, un aristocrate éclairé, adepte du progrès technique et de la philosophie des «Lumières».


Gilles Roman
(reproduction d'un article déjà publié sur LYFtvLyon)


Pour une chronologie de la Révolution française, voir le site "les guillotinés" qui vous premettra de savoir par ailleurs si vous avez un ancêtre décapité !

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