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Football : l' "American dream" du Mondial 2010.

Des huit équipes américaines engagées dans ce Mondial 2010, sept se sont qualifiées pour les 1/8èmes de finale. C'est un nombre historique, bien supérieur aux précédentes éditions (cinq en 1998, trois en 2002, quatre en 2006). Quel est donc le secret du continent américain, véritable révélation de football depuis le 11 juin dernier ? Pourquoi les grosses Nations européennes sont-elles en train de perdre toute crédibilité aux yeux du Monde du football ? Elements de réponse.

Carton (presque) plein en poules...
En se penchant sur les qualifiés des phases de poule, le constat est saisissant : Uruguay, Argentine, Brésil, Chili, Paraguay pour l'Amérique du sud, Mexique pour l'Amérique centrale, Etats-Unis pour l'Amérique du Nord ; l'ensemble du continent américain est représenté en 1/8ème de finale. Comment en est-on arrivé là ? Dans le Groupe A, celui de la France, l'Uruguay et le Mexique ont trusté les deux places qualificatives, reléguant le pays organisateur (Afrique du Sud) mais surtout l'Equipe de France en dernière de groupe. 

L'Argentine s'est défait sans difficultés du groupe B avec trois victoires à son actif, tandis que les Etats-Unis dans le groupe C créaient l'une des surprises de ce Mondial en proposant un style de jeu à l'image de son pays : attractif. Le Paraguay créait une autre surprise en finissant premier dans le groupe F des Champions du Monde Italiens, et le Brésil ne tremblait pas dans le "groupe de la mort" (le G) pour terminer premier, lui aussi, à la faveur de deux victoires et d'un match nul contre le Portugal. 

Enfin, le Chili dans le groupe H menait la vie dure à l'Espagne, Championne d'Europe en titre, et terminait à la deuxième place à égalité de points avec la Seleccion. Seul le Honduras a fait figure de vilain petit canard, éliminé dans ce même groupe H et logiquement dernier du groupe.

Des 1/8èmes et des 1/4 à l'heure américaine.
Avec un Argentine/Mexique et un Brésil/Chili au programme des huitièmes de finale, le continent américain était sur d'avoir au minimum deux représentants en 1/4 de finale de la Coupe du Monde. Au minimum. Car dans son huitième de finale qui l'opposait à la Corée du Sud, l'Uruguay s'est imposée (2-1). Elle sera donc en quarts, elle aussi, en compagnie de l'Argentine, vainqueur du Mexique (3-1) et du Brésil, victorieux du Chili (3-0). Un quatrième représentant pourrait les suivre : le Paraguay, qui affrontera le Japon cet après-midi à 16h00. Les Etats-Unis n'ont eux pas passé l'examen avec brio, recallé avec prolongations après une défaite face au Ghana (1-2). Les trois premiers quarts de finale auront du coup un vrai parfum latino : Uruguay/Ghana, Argentine/Allemagne et Brésil/Pays-Bas.

Quel est le secret des équipes américaines ?
Avoir autant de nations qualifiées en huitièmes de finale d'une Coupe du Monde n'est pas le fruit du hasard, bien au contraire. Le secret d'une telle omniprésence est triple : un grand passé en Coupe du Monde, un style de jeu efficace et qui séduit, et l'expérience par les joueurs du haut niveau.

Quelques équipes américaines ont donc un passé riche en Coupe du Monde : à eux trois, l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay comptabilisent autant de Coupes du Monde que le continent européen : 9 trophés au total, dont le dernier remporté par le Brésil en 2002. Il existe donc un passé de football sur le continent américain, presque ignoré par les plus jeunes supporters du ballon rond. Lors de cette édition 2010, ce sont pas moins de 5 nations américaines qui ont finit en tête de leur groupe, laissant des miettes à l'Allemagne, aux Pays-Bas et à l'Espagne, seules nations européennes à avoir décrochées leur pole position.

Mais si les équipes latinos-américaines sont si puissantes, c'est aussi et surtout parce qu'elles développent du beau jeu. Le "joga bonito" Brésilien n'est plus à prouver, de la même façon que le jeu flamboyant et très technique de l'Argentine. L'Uruguay et le Paraguay ont su profiter des faux pas de leurs adversaires pour briller et développer un jeu ambitieux. Ces deux Nations ont confirmé leur système défensif, n'encaissant qu'un but en 6 matchs de poule. Le Chili, le Mexique et les Etats-Unis ont vraiment impressionné par leur ambition affichée dans le jeu et leurs actions collectives composées de technique, d'adresse et d'un poil de réussite. Réalistes (avec 28 buts marqués en 21 matchs de poule), toutes ces équipes ont su séduire et se révèlent très dangereuses pour les écuries européennes.

Enfin l'expérience du haut niveau explique elle aussi cette omniprésence américaine. En effet, de plus en plus de joueurs issus du continent américain se professionnalisent dans les grands championnats européens. On compte pour moitié l'effectif mexicain qui évolue en Europe, par exemple. Un chiffre plus élevé encore avec l'Uruguay (15 joueurs sur 23), l'Argentine (17 sur 23) et le Brésil (20/23). Etonnant paradoxe donc : ce sont les championnats européens qui se "sabordent eux-mêmes" en formant d'excellents joueurs américains qui font ensuite la nique aux nations européennes. 

Le responsable de tout cela : "l'arrêt Bosman de 1995" explique Raffaelle Poli, du Centre international d'étude du sport (CIES) de l'université de Neuchâtel, en Suisse. "Depuis cet arrêt sur la libre circulation des joueurs au sein de l'UE, le contingent de joueurs expatriés qui croît le plus vite est celui des Latino-Américains. Actuellement, un étranger sur trois évoluant dans les championnats européens les plus cotés vient du continent sud-américain. Avant l'arrêt, cette proportion était d'un sur six."

Autant dire qu'à quatre ans de la prochaine Coupe du Monde, au Brésil, la domination des équipes du continent américain sur celles du continent européen est bien partie pour durer...

Mikhaël Defoly (LYon-Sports.fr)


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